Ce soir, je vais jouer … 

Entrer à pas feutrés dans l’imposante cathédrale du silence.
Là, des couleurs qui n’ existent pas encore sur terre vont apparaitre, des formes inconnues se profiler, tout un monde va se dessiner, mes mains seront guidées par une force inconnue qui va s’emparer de tout mon être.
Il ne faudra surtout pas que j’essaie de la contrôler, car elle se déroberait aussitôt à ma volonté. Je devrai me laisser envahir par elle, que je l’ accepte sans lutter. Elle ne m’appartient pas, je suis seulement le messager, Son messager.
Alors, les notes vont pouvoir tournoyer dans l’ espace comme une nuée d’ oiseaux affolés dans le ciel.
L’obsédante régularité du rythme va s’emparer de moi et mon coeur adopter sa cadence. Je serai transporté vers un monde magique où tout n’est que beauté, grâce et harmonie. Les accords seront d’ un bleu majestueux, d’un rouge mystérieux, d’un orange joyeux. Le temps n’existera plus, il ne sera qu’ instant. Je ne serai plus que le geste et sa grâce.
Le quotidien n’aura plus d’ importance. Je redeviendrai, au fil des morceaux, l’enfant qui joue dans toute sa candeur et son innocence.
Alors seulement, je pourrai vous raconter la froide beauté du soleil qui se lève sur la mer par un matin d’ hiver, le murmure de la rivière qui s’écoule tranquillement entre les arbres, la douceur de la caresse qui effleure, l’infinie beauté de la Vie …
Je serai en paix, en harmonie avec l’ Univers.

Philippe Brunel